Règles : ce que révèle notre façon d’en parler (suite et fin) - becup

Règles : ce que révèle notre façon d’en parler (suite et fin)

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Voici la suite et la fin des résultats de l’enquête menée par Elodie Mielczareck, sémiologue spécialisée en analyse du discours, sur notre manière de parler de nos règles. Décryptage.

 

Parmi les principaux enseignements de l’analyse menée par la sémiologue Elodie Mielczareck, nous en étions restées le mois dernier sur le constat selon lequel la façon de parler des règles était souvent drapée d’une connotation négative. Mais voilà qui mérite d’être nuancé. « Plusieurs femmes m’ont expliqué à quel point leurs règles avaient été vécues comme un enfer lorsqu’elles étaient adolescentes, précisant ensuite ‘’avoir maintenant fait la paix’’, une expression forte qui implique un combat intérieur très violent. En somme, un travail d’acceptation de soi s’avère nécessaire », estime la sémiologue. Une démarche qui peut prendre plusieurs formes. L’une des femmes interrogées a ainsi déclaré qu’elle associait désormais ses règles à la Lune, et que, pour remercier la nature, elle reversait le contenu de sa cup dans la terre. « Il s’agit là d’une vision plus mystique mais qui procède de la même acceptation », indique Elodie Mielczareck.

 

« Mal de ventre » ou « ragnagnas » ?

Acceptées ou non, les règles restent toujours évoquées à travers des mots elliptiques ou métaphoriques. D’un côté, certaines parlent de « mal de ventre » ou préfèrent « les Lunes sont arrivées ». Mais le vocabulaire se fait parfois plus guerrier, belliqueux, avec des expressions du style « les Anglais ont débarqué », comme si le corps était envahi par quelque chose d’extérieur. Enfin, il y a le champ des onomatopées, avec les « ragnagnas », supposé correspondre au côté « gnangnan » des femmes pendant cette période, « chiantes » pour dire le mot.

 

« Quel que soit le registre dans lequel les femmes se placent, je constate un affichage très libéré et assumé autour de la question des règles mais avec une projection très négative dans les mots pour en parler, qui contournent toujours le sujet », analyse la sémiologue. « Le philosophe Wittgenstein disait que ‘’les limites de mon langage signifient les limites de mon univers’’. Tant que les mots sont chargés sémantiquement de connotations négatives, les règles correspondront à une expérience pénible. »

 

Rétablir toute la force des règles

Comment, alors, changer de vocabulaire ? « Plutôt que de voir cette période de manière négative et contraignante, certaines femmes privilégient la dimension purificatrice des règles, en allant jusqu’à la régénération, voire la force, celle qui permet par exemple aux femmes de vivre plus longtemps que les hommes », explique Elodie Mielczareck. Reste qu’au sein du panel de femmes interrogées, celles qui utilisaient ces mots, positifs et justes à la fois, étaient d’un âge plus avancé que les autres. Des mots de femmes d’une grande sagesse, à n’en pas douter…

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